Hildegard von Bingen (1098 [Bermersheim] – 1179 [Rupertsberg, près de Bingen])

Née en 1098 de parents nobles à Bermersheim (diocèse de Mayence), Hildegard est la plus jeune de dix enfants. Très tôt révélée visionnaire, elle est offerte par ses parents à l’abbaye bénédictine double de Disibodenberg. Dès 1106 – ou à partir de 1112 : les sources sont contradictoires – l’enfant partage la cellule de l’abbesse Jutta de Spondheim, qui lui enseigne le savoir religieux et très probablement aussi celui des arts libéraux. Elle prononce ses vœux entre 1112 et 1115 et, en 1136, succède à Jutta à la tête du couvent. C’est alors qu’aidée de son amie Richardis elle commence à consigner ses visions, par l’intermédiaire de son confesseur Volmar. Hildegard fonde un monastère indépendant en 1150, à Rupertsberg, près de Bingen puis, quinze ans plus tard, une « fille » de Rupertsberg, à Eibingen. Grande voyageuse, elle visite la Moselle, la Rhénanie puis la Souabe, prêchant et prophétisant en public. Elle meurt en 1179.

Hildegard a laissé de très nombreux écrits littéraires. Outre la trilogie visionaire formée par le Scivias (1151), le Liber vitæ meritorium (1158-1163) et le Liber divinorum operum (commencé en 1158), elle élabore des ouvrages théologiques, hagiographiques et médicaux. Une encycopédie traitant des « choses de la nature » (Physica), un ouvrage sur les plantes et leurs propriétés (Causæ et curæ) et le glossaire d’un langage secret (Lingua ignota) complètent ce corpus. Elle entretient en outre une importante correspondance.

Enfin, elle compose. Les soixante-dix-sept pièces de la Symphonia armonie celestium revelationum louant les créatures célestes et quelques saints locaux comptent antiennes, répons, hymnes et séquences, un Kyrie et un verset d’Alleluia. L’abbesse est par ailleurs l’autrice du premier drame liturgique aussi élaboré et précisément noté de l’histoire de la musique qui nous ait été transmis. L’Ordo virtutum, drame liturgique noté riche de quatre-vingt-deux mélodies en deux modalités alternées (ré et mi), met en scène l’âme, écartelée entre le démon et les vertus. Peut-être a-t-il été imaginé pour la consécration du cloître de Rupertsberg, le 1er mai 1152 ? Célébration de la virginité, il a pu être aussi joué lors de cérémonies de consécrations de religieuses, à moins que sa thématique eucharistique ne l’ait destiné à préparer à la communion. Quoi qu’il en soit, il est très probable qu’il ait été joué plusieurs fois.

Chez Hildegard, la perspective est rhétorique : la musique double la lectio divina. Nombre de mélodies commencent par une salutation mélismatique et se poursuivent en une véritable narration musicale, dramatisation mélodique du discours de la prière. Quelques répétitions s’observent, en lien avec une symbolique associant musique et texte. L’étendue très large des chants comme leur ornementation, bien supérieures à la norme de l’époque, suppose chez les interprètes un art vocal consommé et se démarquent résolument des mélodies de plain-chant alors en usage.

Hildegard a été canonisée et nommée docteure de l’Église en 2012.

– Anne Ibos-Augé (IReMus – Paris) –
Contributeur : Présence Compositrices - dernière mise à jour 16 décembre 2024

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